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Mais au fait, quel est le rapport entre Compétitivité et emploi ?

05 Mar 2014
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Mais au fait, quel est le rapport entre compétitivité et emploi ?

Le président Hollande et son gouvernement entendent, au nom de la lutte contre le chômage, mettre en place « un pacte de responsabilité » dont l’objectif déclaré est que toutes les forces sociales unissent leurs efforts pour l’amélioration de la compétitivité des entreprises. La compétitivité d’une entreprise est sa capacité à produire des biens ou services qui seront vendus malgré la concurrence et à des conditions assurant aux propriétaires de cette entreprise (banque et actionnaires) leurs revenus. Hollande et le Medef tentent de camoufler le caractère réactionnaire et corporatiste de cette proposition gouvernementale derrière le paravent de leur soi-disant lutte pour l’emploi. En échange de ces milliards d’euros d’aides, le président Hollande a demandé aux entreprises « de s’engager à investir davantage en France et de relocaliser » autant que possible. Commentaires du journal Les Echos : « Les entreprises, qui ne cachaient pas leurs satisfaction hier, refusent toujours de s’engager sur des objectifs chiffrés. Les syndicats s’estiment réduits à jouer les seconds rôles ». La veille, JC Mailly, secrétaire général de Force Ouvrière, avait dans une interview à ce’ même journal, déclaré que « F Hollande a choisi d’acquiescer aux demandes du patronat et plus particulièrement du Medef ».

Mais au fait, quel est le rapport entre compétitivité et emploi ?

Essayons d’y voir clair avec l’exemple des équipementiers automobile français.

1. Contexte

En 2008, la production mondiale de véhicules a baissé de 20 % passant de 68 millions à 55 millions. Rappelons que les constructeurs rassemblent à l’échelle mondiale 9 millions de travailleurs auxquels s’ajoutent ceux de la sous-traitance et des équipementiers, soit une force de travail mondiale de 50 millions de travailleurs. (Source : OICA ; organisation internationale des constructeurs automobile, chiffres de 2005 pour une production de 66 millions de véhicules)

L’exercice 2013 se soldent pour les trois principaux équipementiers français, Faurecia, Valeo, Plastic Omnium par d’importants bénéfices avec respectivement 88, 439 et 193 M€ soit un total de 720 M€ en progression par rapport à 2012 de 5 %. Frappés de plein fouet en 2008 par la crise financière et la récession, ces trois équipementiers ont donc rétabli leur compétitivité dans une branche industrielle, l’automobile, particulièrement concurrentielle. Comment ?

2. Prenons l’exemple du groupe Valeo et de son évolution de 2008 à 2012

Pendant cette période 2008/2012, la direction de ce groupe industriel a mis en place un gigantesque plan de restructuration. Ainsi, de 2008 à 2012 compris, 32 888 ont quitté cette entreprise dont 14 281 par licenciements individuels ou collectifs (les autres départs correspondent aux démissions et départs en préretraite ou retraite). Dans le même temps, la direction procédait à l’embauche directe ou par absorption (conséquente à l’achat de sociétés) de 60 085 personnes en CDI ou en CDD, c'est-à-dire prés de 10 000 personnes de plus que l’effectif 2008 de 51 140.

Ce groupe, dont l’effectif en 2008 de 51 140 personnes est réparti dans 27 pays, en compte aujourd’hui 72 600 dans 29 pays, mais les flux énormes d’entrées et de sorties des effectifs ont profondément modifié le périmètre de l’entreprise, la structure des effectifs et la composition de son chiffre d’affaires.

  • Les effectifs totaux ont augmenté de 21 460 (+42 %)
  • Les effectifs hors France sont passés de 70,8 % en 2008 à 80,2 % des effectifs totaux en 2012 soit une progression de 22 012 (+ 60 %). Le groupe a recruté en 2013 13 000 personnes dans le monde, dont 400 en France. La prévision des effectifs totaux en 2016/2017 est de 100 000 personnes contre 75 000 aujourd’hui.
  • La progression des effectifs s’est surtout faite dans deux zones géographiques : l’Asie (13 105, +154 %) et l’Amérique du Nord (4 816, + 103 %), c'est-à-dire les deux zones dans lesquelles les ventes de véhicules ont significativement augmenté pendant qu’elles continuaient à baisser en Europe. Par exemple en 2013, il s’est vendu à l’échelle mondiale 2,9 millions de véhicules de plus qu’en 2012 dont 2 ,5 millions vendus en Chine, et 600 000 de plus aux USA avec une baisse en Europe. En 2011 et 2012, Valéo a ouvert 11 nouvelles usines dont 6 en Chine.
  • La précarité a été multipliée par 3,32. Le nombre de contrats précaires (CDD et Intérim) a augmenté de 9 383 soit une progression de 37,4 % et sont passés de 4,9 % des effectifs totaux à 16,3 %
  • Le coût mensuel moyen d’un salarié passe de 3 166 € à 2 667 € (salaire net + toutes les cotisations), conséquence des délocalisations dans les pays à bas coût de main d’œuvre. La masse salariale chargée augmente de 19 % pour une augmentation des effectifs de 42 %

3. Bilan et conclusion

  • Pour les salariés : mobilité forcée massive, précarité, licenciements, remise en cause des acquis sociaux
  • Pour les actionnaires, une nouvelle hausse des dividendes versés, ce que rappelle Jacques Aschenbroich, Directeur Général de Valeo dans sa présentation des résultats 2012 les buts de l’entreprise : « C’est donc, confiant dans ses perspectives, que le Groupe soumettra au vote de ses actionnaires, lors de sa prochaine Assemblée générale, la distribution d’un dividende de 1,50 euro par action, soit une hausse de 7 % par rapport à celui versé au titre de l’année 2011. »
  • Le groupe Valeo est un bel exemple de forte croissance des bénéfices par les exportations sans retombées significatives pour l’emploi en France. En 2013, l’équipementier auto français, réalise 24% de ses prises de commandes en Chine et 22% en Amérique du Nord, avec un chiffre d’affaires en croissance de 9%. Le bénéfice net 2013 progresse de 18% pour atteindre 439 millions d’euros et la marge opérationnelle passe de 6.2% à 6.6% pendant que l’année se termine pour Valéo avec un carnet de commandes de 14.8 milliards d’euros, soit le double de celui de 2005.
  • Ainsi, une nouvelle fois est démontré que les aides nombreuses et massives contribuent à transformer certaines entreprises françaises en sociétés multinationales ou transnationales dont le seul objectif est celui de la rentabilité financière au compte des actionnaires.
  • Tenter de faire croire que des contreparties, aux aides fiscales ou aux exonérations sociales dont bénéficient les actionnaires de ces entreprises, peuvent exister et dont ces mêmes actionnaires se sentiront tenus de respecter équivaut à tenter de nous faire croire qu’un lion peut devenir herbivore. Il suffit de lui demander. Ces entreprises sont toutes entières organisées, dirigées, managées pour maximaliser les profits et la rentabilité des capitaux investis. Il en découle cette politique de baisse systématique des coûts au premier rang desquels figure le coût du travail. Toutes les mesures permettant et facilitant la baisse du coût du travail bénéficient à la réalisation du profit et à ses bénéficiaires au détriment des travailleurs. Ceux-ci subissent la flexibilité des horaires, l’individualisation des salaires, l’austérité, la précarisation grandissante des contrats de travail, la mobilité forcée et la destruction massive des emplois.
  • La seule limite à la surexploitation capitaliste et à l’avidité de la finance est la résistance de leurs victimes.
  • En remettant en cause le financement de la banche famille par des cotisations sociales à la charge des employeurs, le gouvernement Hollande renforce et stimule les incroyables et inacceptables prétentions patronales. Depuis 1945, date de sa création, les capitalistes rêvent de se débarrasser de l’obligation qu’il leur est fait de verser un salaire indirect, appelé « salaire différé », aux caisses de sécurité sociale. Par son attitude Hollande rend possible ce « rêve » qui s’il n’était pas empêché, deviendrait un cauchemar quotidien pour les 60 millions d’assurés sociaux de ce pays.
  • Enfin, la deuxième conséquence de la politique pro Medef du gouvernement est la fantastique pression sur les syndicats à tous les niveaux pour qu’ils abandonnent leur rôle de défenseur des salariés et organisent avec le Medef et le gouvernement la liquidation des acquis collectifs de ceux qui ont un travail au nom de ceux qui en sont exclus.